% ATTAC - Bruxelles 1 %
Accueil > AGENDA > L’agenda Attac > VIOLENCE DES ÉCHANGES EN MILIEU TEMPÉRÉ de Jean-Marc Moutout

Le Cinéma d’Attac à l’Arenberg - Jeudi 23 octobre 2008

VIOLENCE DES ÉCHANGES EN MILIEU TEMPÉRÉ de Jean-Marc Moutout

Un film radical sur le monde du travail à l’heure de la finance mondialisée…


Le jeudi 23 octobre
21 heures 30, à l’Arenberg

le Cinéma d’Attac
présente

VIOLENCE DES ÉCHANGES EN MILIEU TEMPÉRÉ

de Jean-Marc Moutout
avec Jérémie Rénier

Un film radical sur le monde du travail
à l’heure de la finance mondialisée…

dès 20 heures 30

LE GRAND DÉBAT

« LES SYNDICATS SONT-ILS FOUTUS ? »

AVEC
Mateo ALALUFprofesseur de sociologie du travail à l’ULB,
Stephan GALON
Secrétaire de la Centrale Générale de la FGTB Brabant flamand
et Silvio MARRAmembre de la délégation syndicale FGTB aux ex-Forges de Clabecq


C’est l’histoire d’un gentil mec qui tourne salaud…

Philippe est un jeune type qui a vraiment de la chance : fraîchement diplômé, il a décroché un premier poste dans l’une des sociétés d’audit les plus performantes et les plus renommées du marché. En plus, alors qu’il fait ses premiers pas en tant que « junior », il va tomber amoureux d’une fille extra qui va bien le lui rendre. Le rêve, somme toute. Mais sa première mission est pour le moins périlleuse : sous couvert d’une banale étude de consulting dans une usine d’acier en province, il comprend rapidement que son travail va servir d’outil pour la restructuration économique de l’entreprise, qu’il devra prendre part au licenciement massif de ses éléments les moins rentables…
SANS CONCESSION. On ne manquera sans doute pas de comparer Violences des échanges en milieu tempéré avec les deux films de Laurent Cantet, Ressources Humaines et L’Emploi du temps : même minutie documentée pour décrire le monde du travail, même regard sans concession sur les pratiques des dirigeants, même personnage pris dans l’étau de relations complexes où se mélangent conscience morale et conscience professionnelle, sentiment de culpabilité et souci du travail bien exécuté. Tout comme dans Ressources Humaines, on suit les premiers pas d’un jeune diplômé, mais on ne retrouve pas la dimension filiale, ce lien très fort qui unissait le personnage principal au monde ouvrier et qui en faisait toute la force émotionnelle.
Le film de Jean-Marc Moutout part sur d’autres pistes, prend d’autres directions : le personnage principal vit au présent, loin de son enracinement familial et apparemment sans héritage idéologique déterminant ; ici, pas beaucoup de syndicalisme, ni de sursaut de solidarité. Non : le suspense repose moins sur l’hypothétique rébellion des salariés audités que sur l’évolution incertaine de Philippe, sa capacité à plus ou moins ravaler ses scrupules et le stress de sa tâche.

Comment on devient un jeune loup sans vraiment s’en apercevoir ; comment on se glisse dans le moule sans vraiment y opposer de résistance ; comment le pouvoir (ou plutôt l’illusion du pouvoir) peut pervertir une âme pleine de bonne volonté mais fragile. Comment le masque social finit par rendre vil alors qu’il y avait tout en place pour vieillir généreux... C’est de tout cela dont il s’agit et c’est absolument effrayant, un vrai film d’horreur, une plongée terrifiante dans un univers impitoyable où chacun apporte tranquillement, dans l’acceptation sociale la plus banalisée, sa part de cynisme, de lâcheté et de froideur pour l’édification d’un système érigé comme une norme. « Marche ou crève », « Suis le mouvement général ou exclus-toi tout seul », « Obéis ou renonce »... : c’est ainsi que ça se passe.

COMME À LA GUERRE... Constat radical, très percutant et pas vraiment rassurant sur le monde de la consultance, et encore : il paraît que le film est en deçà de ce qui se passe dans certaines entreprises... La scène féroce de la grande messe où tous les consultants, réunis entre eux, se gargarisent de leur slogan « Work hard, play hard » (tout un programme) ressemble tout bonnement à un attroupement guerrier où les combattants se donneraient du cœur à l’ouvrage avant d’aller sur le champ de bataille.

Remarquable donc par son sujet et le traitement sans appel qui lui est appliqué, remarquable aussi pour le choix des acteurs, tous parfaits. Jérémie Rénier est troublant dans son interprétation toute en nuances d’un personnage dont on suit pas à pas la perte d’identité et que l’on ne peut que trouver de plus en plus antipathique au fur et à mesure que le film avance (fait rare au cinéma, qui privilégie plutôt le mouvement inverse). Laurent Lucas ressemble à Méphisto, avec ses costards à trois zéros, sa grosse bagnole, sa femme superbe qui lui sied si bien en société, et son discours paternaliste oscillant entre l’intimidation et la flatterie. Il est le pur produit du système, l’incarnation humaine d’un code du travail essentiellement basé sur le profit, la rentabilité, le rendement, la juste répartition des compétences, la sélection des éléments les plus productifs et tout un tas de termes derrière lesquels il est de bon aloi de se cacher lorsqu’on pratique un dégraissage en bonne et due forme. Quant aux personnages féminins, traités avec un peu plus de tendresse et de douceur, ils représentent ce que pourrait être l’humanité si la grosse machine du business n’avait éradiqué les élans d’empathie des hommes. Elles apportent une respiration au film et peut-être une lueur d’espoir, quoique... : à quoi bon s’obstiner puisqu’un Philippe –bon gars a priori capable de reconnaître la valeur d’un sentiment rare quand il le rencontre– passera à côté de sa vie pour ressembler à ses pairs et, pire que tout, demeurera farouchement convaincu qu’il est sur la bonne voie pour accéder au bonheur ?

Jean FLINKER


VIOLENCE
DES ÉCHANGES…

Belgique-France 2004  Durée 99 minutes  Prix d’entrée 6,6 euros y compris pour le débat (Article 27 : 1,25 euro)

Mail bxl 1@attac.be — http://bxl.attac.be — Téléphone 0494 / 808 854


SPIP