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Angle Attac (avril 2004) / 3-5 : Mythes et mensonges de la stratégie de Lisbonne


Mythes et mensonges de la stratégie de Lisbonne

Les dirigeants européens présentent le processus de Lisbonne comme l’objectif le plus important à réaliser au sein de l’Union (avec l’élargissement et la signature de la Constitution). Mais ils le font avec des mots et un langage qui font rêver. Alors qu’il y a environ 14 ou 15 millions de chômeurs, ils promettent le plein emploi. Ils annoncent le maintien de la protection sociale, l’investissement dans la recherche et la formation et la croissance économique qui profiterait à tous.
Mais qu’en est-il ? Est-ce des effets du discours ? Est-ce une présentation pour faire avaler le morceau de la dégradation sociale ?
En partie oui, en partie non. Mais il s’agit bien d’une manière particulière de faire avancer les choses. Une façon qui n’est pas du tout neutre et qui a en fait pour but de créer des mythes.
Quels en sont les principaux ?

1. L’Europe va créer le plein emploi et ces postes seront de qualité.

En fait, si les dirigeants européens cherchent cette voie, il s’agit du plein emploi précaire. Car, pour l’Union, peu importe qu’on travaille mi-temps ou temps plein, pour un contrat d’un an ou de six mois ou si l’on a décroché un contrat à durée indéterminée. Ce sont des jobs. Et ils font partie du taux d’emploi (rapport de gens qui ont un emploi sur la population en âge de travailler, soit celles entre 15 et 64 ans), qui doit être porté à 70% en 2010.
L’objectif des responsables européens est de flexibiliser le “ marché du travail ”. Donc avoir des gens qui ont un contrat pour, par exemple, deux ans. Ensuite, ils vont au chômage, recevraient une formation pour obtenir un autre contrat temporaire, etc. De cette façon, la sécurité d’emploi est garantie non par le fait d’avoir un bon contrat ou des organisations syndicales prêtes à défendre les postes, mais par la capacité individuelle de pouvoir être engagé par différentes entreprises. C’est ce qu’on appelle l’employabilité ou l’adaptabilité, prônée dans la stratégie de Lisbonne.

Outre le fait que, même dans ce cas, les salariés sont corvéables et soumis aux desiderata patronaux, il y a beaucoup de chances que ce projet de plein emploi n’aboutisse pas. En effet, il dépend entièrement des conditions économiques : il faut non seulement que la croissance économique se poursuive et que, dans ce cadre, l’Europe réalise des performances supérieures aux pays concurrents. Ce qui est loin d’être assuré.
Mais, entre temps, on aura réduit l’emploi à la précarité. Le “ modèle social européen ”, issu de deux cents ans de lutte sociale, est en train d’être démantelé.

2. L’Europe va régler le problème de la vieillesse de la population.

D’abord, que les populations puissent vivre plus longtemps, il est étonnant que cela soit posé comme une difficulté. Au contraire, cela devrait être une bonne nouvelle.

Ensuite, ce que désirent les instances européennes, c’est, d’une part, que les coûts que cela devrait occasionner ne soient pas supportés par les entreprises. D’autre part, elles tiennent à créer et à promouvoir des fonds de pension privés. Or, ceux-ci ne se justifient nullement par le vieillissement de la population. S’il y a proportionnellement plus de non actifs, il faudra prélever davantage sur la production, que le système de retraite soit privé ou public. En revanche, des fonds privés sont importants pour alimenter les marchés boursiers. Ils peuvent financer les petites entreprises que les dirigeants européens aimeraient voir fleurir dans les nouvelles technologies.

Mais casser les systèmes de pension publics pour pouvoir développer les marchés financiers européens, c’est clairement détruire un acquis de la population pour avantager la minorité qui détient des capitaux et qui profite ainsi de la finance. C’est privilégier les intérêts d’une poignée sur la majorité européenne.
Et le mécanisme de pension n’est pas le seul aspect de la sécurité sociale qui risque de passer à la trappe, le système des soins de santé et d’autres pourraient subir un sort identique, car, avec une population plus âgée, ils feraient peser sur les entreprises une charge trop élevée. Voilà la menace qui se dessine quand on axe l’économie sur la compétitivité de “ ses ” entreprises.

3. L’Europe veut investir dans la recherche, la formation et l’enseignement.

C’est effectivement ce qu’avancent les responsables européens. Et, même si la France réduit les subsides à la recherche fondamentale, poussant plus de 2.000 directeurs de recherche à démissionner, on ne peut pas dire que c’est complètement faux.

Bon, c’est très bien alors, car un homme de progrès est favorable à l’essor des connaissances pour tous.
Mais attention, avec l’Europe, tout est orienté vers ce qui intéresse les firmes, les multinationales et leurs dirigeants. Autrement dit, d’abord, on ne favorisera pas la formation en général, mais uniquement celle qui intéresse les entreprises. Cela veut dire surtout les sciences (maths, chimie, physique..., mais pas l’histoire, les sciences sociales, ...), les technologies et la gestion.

Ensuite, même s’il faut dans une société de l’Internet que tout le monde sache lire, écrire et calculer un minimum, une série d’emplois resteront des postes demandant des compétences élémentaires : le nettoyage, le service dans les cafés et restaurants, la surveillance de locaux, etc. Ceux qui les exerceront n’auront droit qu’à une formation la plus limitée possible, car il faut la payer.
Les autres emplois devront servir à la compétitivité de l’Union européenne. D’où, dans bon nombre de cas déjà, la collaboration active entre les universités, les centres de recherche publics, les écoles, d’une part, et les multinationales, d’autre part. Une conséquence immédiate : la recherche appliquée, avec répercussions concrètes dans l’industrie, sera avantagée par rapport à la recherche fondamentale.


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