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Peter Mandelson, nouveau commissaire européen au Commerce

Une symphonie libérale

par Henri

Le nouveau commissaire européen au Commerce est britannique : Peter Mandelson. C’est un mai de Tony Blair. De quoi craindre une politique en continuité avec sir Leon Brittan et Pascal Lamy : en faveur des entreprises, au détriment des salariés et du tiers-monde.

Mais il y a bien davantage : Mandelson est un farouche partisan de l’alliance transatlantique. Et voilà en place un rapprochement avec l’administration Bush.


Peter Mandelson, nouveau commissaire européen au Commerce

Une symphonie libérale

Sans doute, bon nombre de progressistes ont dû se dire lorsque l’ultra-libéral sir Leon Brittan, partisan de la politique de Margaret Thatcher, a quitté en 1999 le poste de commissaire européen au Commerce pour ceux d’administrateur d’Unilever et de vice-président de la banque UBS-Warburg : on ne peut pas avoir pire.

Et puis est arrivé Pascal Lamy, membre influent du parti socialiste français, mais depuis quelques années le numéro deux du Crédit Lyonnais en charge de la privatisation de celui-ci. Baignant dans un discours moelleux qui se voulait proche des milieux altermondialistes, il a poursuivi la ligne dure de Brittan : pression sur les pays du tiers-monde pour ouvrir leurs marchés aux produits, services et capitaux des firmes européennes ; réalisation des objectifs de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ; libéralisation et privatisations à tout vent...

De nouveau, on peut se dire : cela ne peut pas être pire. Et voilà Peter Mandelson.

Il est évidemment difficile d’affirmer que cela sera mieux ou moins bien. On jugera sur les actes. Néanmoins, du parcours de cet homme politique, on peut déduire qu’il est plus que probable qu’il poursuivra sans défaillir la même politique que Brittan et Lamy.

Financé par la CIA

Né en 1953 à Londres, Mandelson a fait partie, dans sa jeunesse (sûrement un « péché »), du parti communiste anglais. Mais cela ne dure pas. En 1976, il devient président du British Youth Council (le conseil de la jeunesse britannique), dont on dit qu’il est financé par le Foreign Office (ministère des Affaires étrangères) et les services secrets anglais. Cette organisation est, elle-même, membre de la World Assembly of Youth (assemblée mondiale de la jeunesse), mise sur pied et financée par la CIA pour concurrencer la Fédération mondiale de la Jeunesse, qui a trop d’affinités avec les pays socialistes selon les responsables américains [1].

Ses amis de l’époque, Roger Liddle et Matthew Oakeshott, rejoignent, en 1981, le Parti social-démocrate [2]. Il s’agit d’une dissidence, créée par les services secrets américains, afin d’affaiblir le parti travailliste jugé à ce moment peu fiable et de favoriser les élections successives de Margaret Thatcher. Mandelson, lui, après avoir travaillé au département économique des syndicats, se fait engager comme producteur d’émissions de télévision.

Le « Prince des Ténèbres »

En 1985, il est embauché par le parti travailliste comme directeur de la communication. Il y entame des réformes radicales. C’est lui qui instaure ce qu’on appelle aujourd’hui les « spin doctors », ces experts de l’art de communiquer et de défendre, tels des sophistes, n’importe quelle position. Il devient surtout spécialiste des rumeurs filtrées dans la presse pour affaiblir les adversaires et pour promouvoir les élus travaillistes (et bientôt Blair lui-même) [3]. Il tire tellement les ficelles de ce jeu politicien qu’il est surnommé le « Prince des Ténèbres ».

Il apprend à connaître deux jeunes recrues du parti travailliste, Tony Blair et Gordon Brown qui entre en 1983 dans la mouvance. C’est l’époque où Neil Kinnock tente d’éliminer les courants de gauche au sein du parti. Mandelson, Blair et Brown participe à cette opération.

Le futur commissaire quitte le poste de directeur de la communication en 1990, pour se lancer à la conquête du poste de parlementaire à Hartlepool, dans la région de Liverpool. Ce qu’il obtient en 1992. Cette même année, John Smith remplace Neil Kinnock à la tête du parti travailliste, tout en poursuivant la politique de celui-ci. Mais il meurt subitement en 1994. Tony Blair devient le nouveau leader des sociaux-démocrates et, en 1997, gagne les élections.

Mandelson a joué un rôle actif dans la campagne de Blair. Il a écrit un livre, avec son ami Roger Liddle, qui a rejoint les travaillistes en 1995 : The Blair Revolution (pas besoin de traduction). Il est l’artisan de l’image « positive » des électeurs vis-à-vis du New Labour (le nouveau parti travailliste).

Deux fois démissionné

Il est nommé ministre sans portefeuille à son entrée au nouveau cabinet Blair, tandis que Roger Liddle devient conseiller spécial du Premier ministre pour les affaires européennes. En 1998, Mandelson reçoit le poste de secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Industrie. Il démissionne en décembre de cette année-là, accusé d’avoir reçu, pour acheter une maison, des prêts d’un ami millionnaire, Geoffrey Robinson, lui aussi membre du gouvernement Blair. En outre, il n’a pas déclaré cet emprunt au moment de prendre son poste.

Mais Tony Blair ne peut se passer de Mandelson. Il le renomme ministre, cette fois en charge de l’Irlande du Nord, en octobre 1999. De nouveau, il doit renoncer en janvier 2001. Il est accusé d’avoir user de son influence pour obtenir des faveurs pour un ami entrepreneur indien, en fait pour aider celui-ci à avoir la nationalité britannique.

« Nous sommes tous des thatchériens »

Qu’importe ! Il joue maintenant la carte internationale. Tony Blair et le chancelier allemand Gerhard Schröder concluent un accord pour promouvoir le renouveau de la pensée social-démocrate, en clair les idées de Blair. A la suite de cela, une conférence est tenue et un think tank est créé en décembre 2000, Policy Network. Mandelson, qui a écrit le texte du côté britannique pour solidifier l’alliance avec Schröder [4], en devient le président non exécutif. Et, comme par hasard, Roger Liddle en devient un des auteurs principaux.

Maintenant il est commissaire européen au Commerce. Il a amené avec lui Simon Fraser, directeur de la Stratégie et de l’Innovation au Foreign Office, et l’inévitable Roger Liddle.

On peut s’inquiéter de la politique qu’il suivra, malgré les formes communicatives qu’il sera capable de lui donner. En 2002, il écrivait en effet dans le Times : « La mondialisation punit durement tout pays qui essaie de gérer son économie en ignorant les réalités du marché et la nécessaire prudence des finances publiques. Dans un sens étroit du terme, et dans la reconnaissance du besoin urgent de se débarrasser des rigidités et d’introduire de la flexibilité dans les marchés du capital, des produits et du travail, nous sommes désormais tous des thatchériens »  [5]. En route vers le libéralisme le plus pur et le plus dur !

Henri Houben

Notes

[1Informations que l’on trouve sur le site alternatif au groupe de Bilderberg : Bilderberg

[2Roger Liddle est même le fondateur de ce parti. Roy Jenkins, président sortant de la Commission européen, adhère au PSD.

[3Keith Dixon, Un digne héritier, éditions Raisons d’agir, Paris, 2000, p.51.

[4Keith Dixon, La mule de Troie. Blair, l’Europe et le nouvel ordre américain, éditions du Croquant, Paris, 2003, p.83.

[5Times, 10 juin 2002, cité dans Keith Dixon, La mule de Troie. Blair, l’Europe et le nouvel ordre américain, éditions du Croquant, Paris, 2003, p.16-18.


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