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L’élargissement de l’Union européenne

Compte rendu du Café Politique du 10 février 2004

par Laetitia

Compte-rendu du Café Politique d’AB1 du 10 février 2004, avec Nicolas Bardos-Feltoronoyi, géopolitologue (UCL)

Article paru dans l’Angles d’Attac No 53, mars 2004


Le débat s’est voulu centré sur les grands enjeux de ce processus et notamment sa dimension sociale :
L’intervenant, Nicolas Bardos-Feltoronoyi [1], alliait expertise et humour et si sa “bi-culturalité” belgo-hongroise pouvait “influencer son propos” elle a surtout permis de mieux saisir les enjeux essentiels du débat notamment du point de vue des populations des pays candidats. Un constat de départ clair pour lui, à 120% favorable à l’élargissement : pour les pays candidats cela ne pourra pas être pire que la situation actuelle, caractérisée par un capitalisme sauvage et une situation de misère pour la majorité face à une minorité citadine ayant su tirer tout le profit de la libéralisation à marche forcée. Pour ces populations, le “modèle social européen” même entamé sera déjà un gain. De plus, la manière de pratiquer la démocratie, avec un minimum de standards, n’est pas garantie et la corruption règne. De ce point de vue-là également, le système européen et l’intégration de l’acquis communautaire représenteront déjà un progrès, tout comme par exemple l’introduction de normes minimales dans des domaines tels que l’environnement, la protection du consommateur, etc. Bref, le décalage est tel que ce qui est considéré au sein de l’UE comme un abaissement des standards minimaux relève au contraire du progrès de l’autre côté de l’ancien rideau !
Lors du débat néanmoins, tous ne seront pas convaincus des avantages réels de l’adhésion pour les pays candidats eux-mêmes, au vu du processus de démantèlement des acquis sociaux dans l’UE ou encore des risques d’exode rural massif avec les réformes agricoles. Si Bardos a reconnu ce risque, il devrait néanmoins être contrôlé et progressif grâce aux aides de l’UE. Certes, dans certains pays et notamment la Pologne, les conditions actuelles peuvent faire craindre le pire quant à l’application de la PAC, tout comme cela a été le cas d’ailleurs au Portugal.

Du point vue des populations de l’UE, l’orateur a évoqué deux craintes principales à ses yeux : l’envahissement de “hordes” de l’Est, lié notamment, selon lui, à l’ignorance profonde des réalités de ces pays suite à la guerre froide et aux anciens régimes communistes. Alors qu’en fait les travailleurs qui le souhaitaient n’ont pas attendu l’adhésion pour migrer vers l’UE, légalement ou illégalement, et les diasporas polonaise, ukrainienne, roumaine ou bulgare s’élèvent déjà à plusieurs centaines de milliers, notamment pour remplir les tâches les plus rébarbatives dans des conditions dont les travailleurs de l’Union ne veulent pas... Et l’orateur de considérer les actuelles ‘clauses de sauvegarde’ [2] comme une pure gesticulation politique et démagogique, de plus politiquement dangereuses car elles donnent implicitement raison aux arguments du FN ou du Vlaams Blok.
Deuxièmement bien sûr, la question des délocalisations : or ces dernières ont déjà lieu depuis longtemps et à ce niveau l’élargissement ne provoquera certainement pas d’accélération. Et l’intervenant rappelle que les principaux incitants à la délocalisation sont d’abord les subsides, la qualification et la paix sociale, le niveau des salaires ne venant qu’en 6ième position. Enfin, de manière un peu provocatrice Bardos a rappelé qu’une délocalisation ici s’est également des créations d’emplois là-bas, en appelant à la solidarité...

Mais il existe également d’autres craintes d’ordre plus ‘politique’. D’abord des questions budgétaires bien sûr ; pourtant, proportionnellement ces pays recevront bien moins d’aides par habitant que n’en ont reçu en leur temps la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande [3]. Deuxièmement, la crainte d’une ‘dilution’ de l’UE réduite à un pur espace d’échange économique par un élargissement précipité et un manque d’approfondissement de la construction européenne, et notamment de son modèle social, s’il existe... C’est essentiellement autour de cette question plus générale du sens de l’élargissement et du risque de difficultés plus grandes encore pour l’organisation des forces sociales dans une Europe à 25 qu’a finalement tourné le débat. D’autres, dont Bardos, estimaient en revanche que le processus de libéralisation et de démantèlement social, incluant la marginalisation des syndicats, est déjà en cours au sein de l’UE et continuera avec ou sans élargissement, ce dernier pouvant néanmoins servir de ‘cache-sexe’ aux gouvernements des 15 pour justifier leurs politiques néo-libérales et donner en pâture à leurs populations des boucs émissaires tout trouvés, réduisant au passage les ‘risques’ d’une solidarité ‘élargie’ elle aussi. Il est vrai que la situation de la société civile n’est guère brillante dans les pays candidats, mais Bardos rappellera qu’ils ont malgré tout connu une longue tradition de syndicalisme massif (certes un peu contraint) et que de nouvelles revendications commencent à poindre avec le relèvement du niveau de vie. Enfin, il estime également que les décisions ne seront pas forcément plus difficiles à 25 : avec ou sans élargissement ce sont surtout les ‘grands’ (Allemagne, France, Royaume Uni) qui décident...
Bref, face à un élargissement considéré comme inéluctable dès 89, nous nous retrouvons à nouveau face à LA question : quelle Europe voulons-nous et surtout comment l’obtenir... A vos ATTAC !!

Laëtitia S.

Notes

[1Géopolitologue, UCL

[2Clause introduite par 14 pays de l’UE qui prévoit une limitation du droit de mobilité des travailleurs des pays candidats pour une période maximale de 7 ans

[3et ce d’autant plus que certains grands pays ont déclaré refuser toute augmentation du budget actuel de l’UE


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